Le seuil de triglycérides à ne pas dépasser pour rester en bonne santé

127 mg/dL. C’est la valeur qui, sur une feuille d’analyse sanguine, peut décider du sort de votre prochaine décennie. Les triglycérides, ce mot qui sonne presque technique, en disent long sur notre santé bien plus qu’on ne le croit, et souvent sans prévenir.

Que sont les triglycérides ?

Les triglycérides, parfois nommés graisses neutres, sont évalués lors d’un bilan lipidique, tout comme le cholestérol. Ce sont des lipides qui circulent dans notre sang, formés d’une base de glycérol à laquelle se greffent trois acides gras. Cette structure simple, illustrée ici :

La glycérol joue le rôle d’ossature, maintenant solidement ensemble ces trois acides gras, dont la nature varie selon l’alimentation et le métabolisme. Voilà la brique de base d’une réserve énergétique qui influence, en silence, bien des rouages de notre organisme.

Quelles sont les fonctions des triglycérides dans le corps ?

Les triglycérides représentent le principal carburant de nos cellules. Synthétisés dans le foie, mais surtout issus de ce que nous mangeons, ils composent environ 90 % des graisses alimentaires absorbées.

Comme toutes les graisses, ils ne se dissolvent pas dans l’eau. Pour circuler dans le sang, ils embarquent donc à bord de lipoprotéines, véritables navettes biologiques, en direction des cellules qui vont les transformer en énergie. Quand l’apport dépasse les besoins, le corps stocke le surplus dans les tissus adipeux. En somme, ils constituent une réserve précieuse, mais qui, en excès, finit par peser sur la santé.

Pourquoi les triglycérides sont-ils mesurés lors d’un bilan ?

Un taux élevé de triglycérides passe souvent inaperçu, car il ne s’accompagne d’aucun symptôme visible. Pourtant, il peut être décelé lors d’analyses de sang réalisées pour d’autres pathologies ou pour explorer des troubles du métabolisme lipidique, voire lors d’une suspicion de pancréatite. Les valeurs obtenues doivent être interprétées en tenant compte de la situation clinique et du contexte (jeûne ou non).

désignation valeurs risque de maladie
hypotriglycéridémie < 75 mg/dL (0,85 mmol/L) À long terme : épuisement
valeurs normales 75 à 150 mg/dL (0,85 à 1,7 mmol/L)
modéré hypertriglycéridémie limite inférieure : < 500 mg/dL (5,6 mmol/L)150 à 1000 mg/dL (1,7 à 11,4 mmol/L)
  • risque accru de maladies cardiovasculaires
  • risque légèrement accru d’inflammation aiguë du pancréas (pancréatite)
Hypertriglycéridémie sévère > 1000 mg/dL (> 11,4 mmol/L)
  • risque accru de maladies cardiovasculaires
  • risque accru de pancréatite aiguë

Ces seuils concernent les adultes. On retient généralement qu’un taux inférieur à 150 mg/dL reste dans la norme, avec un niveau idéal sous les 100 mg/dL.

Environ 15 à 20 % des personnes testées présentent une hypertriglycéridémie. La plupart du temps, il s’agit d’une découverte fortuite, puisqu’aucun signe ne vient alerter. Parmi elles, 80 à 90 % ont des taux modérément élevés, tandis qu’environ 15 % dépassent la barre des 400 mg/dL. Longtemps, on ne prélevait qu’à jeun, pour limiter l’influence des repas sur les résultats. Aujourd’hui, il est admis que les valeurs non à jeun peuvent aussi être pertinentes. On privilégie cependant la mesure à jeun si :

  • le taux mesuré sans jeûne dépasse 440 mg/dL (5 mmol/L)
  • une hypertriglycéridémie a déjà été identifiée
  • une pancréatite liée à un excès de triglycérides est suspectée
  • avant la prescription de traitements hypolipémiants
  • si un autre examen biologique (par exemple pour le diabète) nécessite le jeûne

Pourquoi les triglycérides montent-ils ? D’où vient l’hypertriglycéridémie ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une élévation du taux de triglycérides. Certains héritent d’une prédisposition familiale : si d’autres membres de la famille présentent des valeurs élevées, il existe probablement un versant génétique. Mais, dans la majorité des cas, l’environnement et les habitudes de vie prennent le dessus. Pour garder un taux satisfaisant, il est conseillé de limiter :

  • le surpoids
  • le syndrome métabolique
  • une alimentation trop riche en énergie
  • les sucres rapides
  • la consommation d’alcool excessive

D’autres pathologies entrent aussi en jeu :

  • diabète sucré
  • cirrhose
  • maladies rénales, notamment le syndrome néphrotique
  • hypothyroïdie
  • paraprotéinémie
  • maladies auto-immunes comme le lupus érythémateux
  • troubles du comportement alimentaire, dont l’anorexie

Côté médicaments, plusieurs substances influencent le taux de triglycérides :

  • corticoïdes
  • bêta-bloquants
  • diurétiques
  • œstrogènes
  • stéroïdes anabolisants
  • inhibiteurs de protéase
  • résines liant les acides biliaires
  • certains psychotropes (clozapine, neuroleptiques atypiques, antidépresseurs)

Un excès de triglycérides s’accompagne d’un risque accru de maladies cardiovasculaires. Une étude menée sur près de 14 000 hommes a révélé que ceux ayant un taux élevé voyaient leur risque d’incident cardiovasculaire multiplié par quatre par rapport aux autres, et ce, même en tenant compte des autres facteurs de risque. L’observation a duré dix ans, et les résultats soulignent le rôle majeur d’un mode de vie sain.

Dès que le taux dépasse 1000 mg/dL, le risque d’inflammation du pancréas (pancréatite) grimpe en flèche, tout comme celui de stéatose hépatique. Autant de complications silencieuses, mais lourdes de conséquences.

Peut-on avoir trop peu de triglycérides ?

Si l’excès inquiète, le déficit, l’hypotriglycéridémie, reste rare. Cette situation survient principalement dans des contextes précis, comme :

  • malnutrition
  • hyperthyroïdie
  • trouble de l’absorption digestive
  • prise de certains médicaments hypolipémiants
  • jeûne prolongé ou dénutrition
  • maladies auto-immunes
  • consommation de substances à risque
  • très rarement : maladie génétique spécifique

La malnutrition reste la cause la plus fréquente, notamment lors de séjours hospitaliers de longue durée, où plus d’un patient sur quatre peut être concerné. À court terme, un taux bas n’a pas d’impact notable. Mais sur la durée, il se traduit par une fatigue persistante et une fonte musculaire. Les réserves énergétiques s’amenuisent, laissant le corps vulnérable.

Triglycérides et diabète : un duo risqué

Les personnes atteintes de diabète de type 2 présentent souvent des taux élevés de triglycérides : c’est le cas de la moitié d’entre elles. Toutefois, cela n’est pas systématique. L’augmentation s’observe surtout quand la glycémie n’est pas équilibrée. La résistance à l’insuline perturbe le métabolisme lipidique et favorise l’ascension du taux de triglycérides. Dans ce contexte, instaurer ou optimiser un traitement par insuline permet de corriger simultanément la glycémie et le profil lipidique.

Quelle stratégie adopter face à des triglycérides élevés ?

La première étape consiste à rechercher la cause de cette élévation et à évaluer le risque global, en tenant compte notamment du cholestérol. Le plus souvent, la priorité est d’agir sur l’hygiène de vie. Pour des taux modérément élevés (jusqu’à 500 mg/dL), la réduction du risque cardiovasculaire prime, et la cible principale devient le « mauvais » cholestérol LDL.

En cas de surpoids, perdre 5 à 10 % de son poids peut, d’après plusieurs études, diminuer les triglycérides d’environ 20 %. Si le taux dépasse 500 mg/dL, l’American Heart Association recommande le recours à des traitements médicamenteux spécifiques (statines principalement), capables d’abaisser le taux de 10 à 15 % selon la molécule et la dose retenues.

Lorsque le diabète est en cause, le contrôle optimal de la glycémie s’impose. Adapter l’alimentation, en limitant les glucides simples et les produits sucrés, permet d’abaisser les triglycérides de 10 à 20 %. Lorsque le taux dépasse 800 mg/dL, la prévention des complications pancréatiques devient prioritaire : il faut alors agir vite, en modifiant l’alimentation, voire en recourant à un jeûne court sous surveillance médicale si une pancréatite se déclare. Dans certains cas, un échange de plasma sanguin peut s’avérer nécessaire ; la décision se discute au cas par cas.

Quels leviers pour agir sur les triglycérides ?

Des recherches ont montré qu’un changement profond des habitudes de vie peut abaisser le taux de triglycérides jusqu’à 70 %. Découvrir une hypertriglycéridémie peut être le déclic pour enclencher des modifications progressives et bénéfiques. Voici, parmi les leviers les plus efficaces, ceux qui méritent d’être intégrés au quotidien :

  • adopter une alimentation équilibrée
  • perdre du poids si l’indice de masse corporelle est élevé
  • pratiquer une activité physique régulière
  • éviter alcool et tabac
  • adapter le régime alimentaire

Les aliments qui font grimper la courbe sont surtout riches en sucres simples ou raffinés, et l’alcool consommé sans modération. L’amincissement reste une stratégie clé : remplacer les denrées hautement caloriques par des alternatives plus légères est une démarche payante. Miser sur les oméga-3, en privilégiant les poissons à la viande, augmente aussi les bénéfices. Enfin, accroître la part de fibres et veiller à l’apport en vitamine B3 participent à la baisse des triglycérides.

Reste à se souvenir que derrière une simple valeur sur une feuille d’examen se cachent des choix de vie, des risques évitables ou non, et parfois, une alerte silencieuse. Entre discipline et plaisir, à chacun d’écrire la suite de son histoire sanguine.

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