Mercredi 23 août 2006

fLes vacances sont derrières.... Je me fais un plaisir de vous inviter à cette lecture JULIE CAPABLE de Thierry LENAIN  et à visionner le dessin d'animation de Julien NANTIEC. Un Elève en difficulté  fait parfois plus d'effort qu'un élève en réussite et il faut aussi savoir se montrer  bienveillant ... Un Enfant a besoin de temps, de pouvoir dire, de rencontrer l'élément déclencheur pour passer sa souffrance, son mal-être. Il faut rester optimiste. Enseignants et Parents apprennent .... quand les Elèves/Enfants grandissent.

 
 
JULIE CAPABLE ...
                 Julie Capable de Rien n'était capable de rien, c'était pour ça qu'on l'appelait comme ça. Quand Julie lisait, on lui disait applique-toi ! Elle répondait je suis pas capable. Quand on mettait un ballon à ses pieds, elle l'envoyait n'importe où, jamais où il fallait. On lui disait vise mieux ! Elle répondait je suis pas capable ! Quand on lui demandait de ranger les pots de peinture, il y en avait toujours un, le bleu ou le rouge, le vert ou le noir, toujours un pour tomber. Fais attention ! suppliait la maîtresse. Julie murmurait je suis pas capable. Quand il fallait colorier, le crayon débordait toujours et sur la feuille, les bonshommes se brouillaient. Fais un effort ! criait la maîtresse. Julie sanglotait je suis pas capable.
              Julie Capable de Rien n'était capable de rien, c'était pour ça qu'on l'appelait comme ça. A la marelle, aux billes, ou à l'élastique, elle ne gagnait jamais et perdait toujours. Les autres enfants se moquaient d'elle. Julie se réfugiait dans un coin de la cour, en pensant je suis pas capable. Les enfants la rattrapaient et l'encerclaient en chantant Julie capable de rien ! Julie capable de rien ! Julie pleurait. Les enfants tournaient de plus en plus vite, chantaient de plus en plus fort. Julie appelait Maman ! Sa maman ne venait jamais.


              Un soir d'hiver proche de Noël, à la sortie de l'école, les enfants bombardèrent la petite fille de boules de neige, puis s'enfuirent en riant. Ce soir-là, ce soir d'hiver proche de Noël, Julie Capable de Rien ne rentra pas chez elle. Elle marcha longtemps, laissant derrière elle les lumières de la ville. Elle marcha jusqu'au cimetière que seule la lune éclairait. Dans le cimetière, les tombes serrées les unes contre les autres, grandes ou petites, surmontées d'un ange ou d'une croix, étaient couvertes de neige. Julie n'en regardait aucune. Elle suivait l'allée qui menait à une tombe creusée à l'écart, un peu plus loin : la Tombe Muette. Le Tombe Muette n'était surmontée d'aucune croix, d'aucun ange. Julie s'agenouilla et, d'un geste, la débarrassa de la neige qui la couvrait. malgré le clair de lune, Julie ne put rien y lire : rien n'était écrit. A bout de forces, brisée, l'enfant s'allongea sur la pierre tombale glacée, et laissa le froid l'engourdir. Son cœur ralentit, puis battit si faiblement qu'il s'arrêta.


             Surgirent alors, des ténèbres du cimetière, six chats noirs. Ils s'approchèrent en silence de Julie, l'entourèrent, puis se couchèrent sur le corps transi. Peu à peu, le sang se réchauffa dans le corps de la petite fille, il se remit à couler dans ses veines. Tout doucement, son cœur se remit à battre. Une chatte s'approcha à son tour de la tombe. Elle s'allongea avec précaution contre le visage de Julie, et pressa ses mamelles gonflées contre les lèvres gercées. Quelques gouttes de lait nourrirent la bouche de l'enfant. Julie revint à elle.
             Les sept chats emmenèrent l'enfant dans une cabane, au fond du cimetière. Ils s'assirent devant elle, et le plus gros d'entre eux parla. 
- Tu t'appelles Julie et je te connais, dit le chat. Ta maman m'a souvent parlé de toi.
- Quand ? s'étonna Julie.
- Hier encore...
  
Les larmes jaillirent des yeux de l'enfant.
- Menteur ! Ma mère est morte !
- Nous sommes les Chats du Cimetière, Julie. Nous veillons sur les morts et leur parlons.
- Vous parlez même avec les morts des Tombes Muettes ? demanda Julie.
- Nous parlons avec tous les morts.
  
La petite fille hésita puis reprit : 
- Vous parlez même avec les mamans qui n'aimaient pas leurs enfants ?
- Je n'en ai jamais encore rencontré, répondit le chat. Je peux t'assurer que la tienne t'aimait beaucoup.
- Elle ... Elle vous l'a dit ?                             
- Oui, affirma le chat.
  
Julie réfléchit, puis murmura à elle-même : 
- Alors c'est moi qui ne l'aimais pas assez...
- J'étais tout à l'heure couché sur ton cœur, dit le chat. Je sais combien tu aimais ta maman. Je sais combien tu l'aimes encore aujourd'hui. Tu ne pouvais pas l'aimer plus que cela.
- Ce n'est pas vrai ! s'écria Julie. Si je l'avais aimée plus fort, elle ne serait pas morte !
- Tu te trompes, Julie. même si tu l'avais aimée autrement, elle serait morte. Tu étais alors, comme aujourd'hui encore, capable de beaucoup de choses, mais tu n'avais pas le pouvoir de maintenir ta maman en vie. Aucun enfant n'aurait pu le faire.
  
Après un long moment de silence, Julie demanda au chat : 
- Est-ce que tu sais pourquoi elle a appelé la mort ? Pourquoi elle n'a pas attendu d'être vieille ?
- A cause d'une histoire qu'elle cachait au fond d'elle, répondit le chat. Une histoire poison, qui était là depuis longtemps, bien avant que tu sois née.
- Quelle histoire-poison ?
- Une histoire longue, une histoire douloureuse, une histoire empoisonnée qu'elle n'a pas réussi à cracher à temps. Son histoire à elle...
  
Le chat laissa passer un nouveau silence avant d'ajouter : 
- Il est tard maintenant. Il faut rentrer Julie. Reviens nous voir de temps en temps.
  
Ainsi prit fin la conversation.
  
Les passants qui pressaient encore le pas dans la ville, cette nuit-là, trouvèrent bien étrange cette petite fille qui remontait les rues, entourée de sept chats.
Une fois dans son lit, Julie s'endormit. Elle dormit longtemps, deux jours et trois nuits, elle dormit longtemps, rien ni personne ne put la réveiller.

            Au troisième matin, Julie se leva et s'habilla. Avant de partir pour l'école, elle fouilla dans un tiroir et en sortit deux photos. La première était une grande photo où sa maman souriait. La deuxième était une petite où elle pleurait. Julie les punaisa l'une sur l'autre au mur.
   
          Avant d'entrer en classe, un peu plus tard, des enfants lui proposèrent malicieusement de jouer à la marelle. A la fin une fille commença à chanter Julie pas capable !, mais elle s'arrêta aussitôt. La dernière, ce n'était pas Julie, c'était elle. Sur les feuilles de dessin, ce jour-là, les bonshommes de Julie ne se brouillèrent pas. Il y eut un pot de peinture renversé - le vert- mais par la maîtresse, au moment où elle entendit Julie s'appliquer à lire une poésie qu'elle venait d'écrire et qui disait La mort peut tuer mais pas l'amour.
           Le soir, après la sortie de l'école, Julie s'éloigna sans que personne n'eut l'idée de l'embêter. Elle ne rentra pas tout de suite chez elle. Elle passa d'abord par le cimetière. Là, avec une pierre, elle grava cinq lettres sur la tombe muette. M A M A N. Et elle ajouta un cœur.

           A compter de ce jour, Julie Capable de Rien devint Julie Capable de Tout. Ou du moins capable de ce qu'un enfant peut faire dans sa vie d'enfant. Et les jours où, sans qu'elle puisse rien y faire, une grande tristesse emplissait son cœur, Julie allait fleurir la tombe de sa mère. On pouvait alors voir, dans le cimetière, une petite fille assise par terre, qui écoutait un gros chat noir lui raconter une histoire.


© Thierry Lenain

Thierry Lenain est né en 1959, il a écrit sa première histoire à l’âge de huit ans et vit actuellement près de Grenoble. Thierry Lenain aurait voulu exercer le métier de sage-femme pour pouvoir accompagner les enfants au moment de leur naissance, mais à cette époque les hommes ne pouvaient pas exercer ce métier. Il est alors devenu instituteur, toujours avec ce même souci d’accompagner les enfants. Il n’a cependant pas longtemps supporté l’idée que l’école, c’était juste pour apprendre aux  enfants à lire-écrire-compter. Il est devenu ensuite   éducateur.

Bibilographie en cliquant sur l'image. 

 

Site personnel de Thierry Lenain.

Anne Brouillard est auteur-illustratrice. Née en Belgique en 1967 à Leuven, d'une mère suédoise et d'un père belge, elle y grandit et suit quelques années plus tard des études artistiques à l'Institut Saint-Luc à Bruxelles. Elle publie son premier album en 1990. Cet ouvrage intitulé Les trois chats est très vite reconnu. Il est annonciateur du talent d'Anne Brouillard et se voit rapidement édité en Allemagne et aux Etats-Unis.
                                                                                     Biographie en cliquant sur l'image "Le chemin bleu".

Ci- dessous un film d'animation d'après l'oeuvre de Thierry Lenain. Cliquez !!: C'est sympa.










Par Vince - Publié dans : LITTERATURE
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